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C’est notre exception culturelle en dermatologie et chirurgie esthétique : nos patientes veulent des résultats discrets, naturels alors que dans le reste du monde, l’acte réalisé doit être visible comme un signe extérieur de richesse ou comme une preuve du contrôle que l’on exerce sur soi et le temps qui passe (rares sont les Américaines, même de la côte, est qui demandent à conserver une certaine mobilité du front après un botox).
On le savait, nos concitoyens ne font jamais rien comme les autres, mai ce n’est pas par pur esprit de contradiction que nos patientes progressent à contre-courant. Les diverses et nombreuses conversations que j’ai pu avoir avec mes patientes pour tenter de comprendre ce phénomène unique m’amènent aux conclusions suivantes.

La première c’est qu’il y a tout de même un peu d’opposition face aux techniques américaines : la femme française ne suit pas la mode américaine, elle la devance en matière de soins esthétiques. A aucun moment, nos patientes ne souhaitent avoir un front figé, des joues et lèvres gonflées. Par principe, elles maintiendront leur indépendance et leur possibilité de choisir le résultat face aux canons américains.

La deuxième, c’est que, disons le franchement, les USA regorgent de visages surcorrigés, tendus à l’extrême, ce qui est jugé vulgaire et ridicule en France. Nous retrouvons également de façon plus récente, les mêmes excès chez les patientes fortunées d’Amérique du Sud ou d’Europe de l’Est. Or, les Français ont horreur des nouveaux-riches et de leurs excès, même en médecine.

La troisième raison découle de le deuxième : à force d’associer le botox et les produits de comblement à des images caricaturales, ces produits ont mauvaise réputation dans l’inconscient collectif. Les Françaises sont donc très réticentes, dans l’ensemble, à l’idée de se faire botoxer, ayant la crainte que cela se voit et soit risible.
D’où une certaine culpabilité pour celles qui franchissent tout de même le pas. Elles ne vont donc pas nécessairement en parler à leur entourage, et nous demandent par conséquent des résultats discrets, le conjoint n’étant pas toujours au courant de l’acte !

Enfin, il est vrai aussi que les médecins français conservent dans l’ensemble pas mal de distance par rapport aux laboratoires pharmaceutiques, qui, malgré leur agressivité commerciale, peinent à dominer les praticiens.

Voici donc, à mon avis, pourquoi notre patientèle est unique au monde, non obsédée par le temps qui passe et le contrôle de l’image, dédaignant de profiter au maximum des outils mis à sa disposition, suffisamment confiante pour regarder vers l’avenir au lieu de chercher à figer ses traits éternellement, et surtout trop fière pour singer les femmes d’outre-Atlantique.
Ce à quoi nous les encourageons, n’en déplaise aux industriels…


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