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C’est un fait : les actes dermatologiques esthétiques sont de plus en plus nombreux, et la quête d’une « peau parfaite », particulièrement au visage, est désormais clairement énoncée par les patientes. Influencées par les images maquillées et retouchées des médias, pressurisées par le système, les jeunes femmes peuvent se lancer dans une quête rapidement anxiogène et sans fin. Mais pourquoi donc nos patients en dermatologie sont –ils aussi perfectionnistes ? Si tous les patients des cardiologues l’étaient autant, l’espérance de vie augmenterait…

A y regarder de plus près cependant, il existe diverses raisons qui font que les femmes d’aujourd’hui sont aussi exigeantes.

Les premières sont sociales. En effet, la société occidentale actuelle demande aux femmes de tout maitriser : leur carrière, leur vie de famille, leur couple, leur bonheur, leur poids et leur image. Sous une telle pression, celle dont la peau présente des imperfections apparait comme une personne qui ne se contrôle pas, donc qui ne maitrise pas sa vie. D’où cette quête et l’angoisse qu’elle génère. D’autre part, la femme contemporaine a été élevée dans la culte d’elle- même : d’enfant gâtée, encouragée à l’autonomie financière et intellectuelle, elle devient une consommatrice exigeante « parce qu’elle le vaut bien », comme on le lui a si souvent répété à la télé…Mais ce que la pub ne dit pas, c’est que les cosmétiques et les soins esthétiques ont leurs limites, et qu’il faut respecter la physiologie de la peau.

La deuxième raison de cette quête est historique. Les imperfections de la peau sont vécues comme des impuretés, et la patiente se sent souillée et honteuse, sentiments souvent présents lors des consultations de dermatologie. Il faut remonter assez loin pour comprendre ce mécanisme inconscient et collectif. En fait, ces aspects sont déjà évoqués dans la Bible, au chapitre 13 du Lévitique, où l’on nomme « lèpre » toute impureté, qu’elle soit sur la peau ou sur un objet. Mais lorsqu’il est déclaré impur, le malade est exclu de la vie sociale. Il s’agissait au départ d’éviter la transmission de maladies contagieuses, mais nous assistons aujourd’hui encore à la stigmatisation des personnes atteintes d’imperfections cutanées (par exemple les moqueries que subissent les adolescents acnéiques).
D’où cet héritage culturel dont nous avons à peine conscience et qui motive cette recherche de peau « saine », c’est le terme employé par les patients en consultation.

La troisième raison est enfin que les médias nous matraquent d’images irréelles, maquillées et systématiquement retouchées, distillant une image de la peau ne correspondant à aucune réalité. Lisse, de teinte uniforme, sans tache ni rougeur, voici la peau standard photoshop. Et il faut souvent ramener les patientes à la réalité : un organe comme la peau est en constante interaction avec l’extérieur et l’intérieur, il vit, se colore, s’épaissit, se défend contre les agressions et s’adapte aux contraintes que vous lui imposez.
La peau sans relief reflète à mes yeux les personnalités sans relief des êtres virtuels qu’on nous montre. Alors plutôt que de prendre une image de synthèse pour modèle, tachons d’accepter que notre enveloppe ne soit pas parfaite.
Ce qui n’empêche pas de donner une petit coup de pouce à la nature bien sûr !


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