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Quelle ne fut pas ma surprise récemment de lire dans la presse féminine un article sollicitant l’expertise d’un…kératothérapeute ! Si le terme m’était totalement inconnu, l’étymologie du mot ne pouvait m’échapper: il s’agit donc du soignant des cellules de la peau (alors que nous autres, pauvres dermatologues, ne sommes que des spécialistes de la peau, aucune vocation curative donc ?!).
Que les esthéticiennes revalorisent leur travail en changeant de nom ne me pose aucun problème (de même que l’ont fait les professeurs des écoles), mais ne risque-t-on pas d’induire une certaine confusion dans la tête des patientes, et quelle formation exacte ont ces kératothérapeutes ?

Après un petit tour d’horizon du net, il apparait que cette dénomination ne correspond à aucune formation des études de santé, plutôt à une autre appellation du métier d’esthéticienne, après formation théorique d’une semaine. Le but de la « consultation » est alors d’établir un « diagnostic » de votre peau, puis de « prescrire » des soins qui invariablement appartiennent à la gamme Dr Janka. Et qui est le Dr Janka ? Le fondateur de la kératopraxie…qui doit toucher de beaux dividendes lorsqu’un de ses élèves revend sa marchandise.

Alors, oui, les dermatologues peuvent être un peu en colère. Non pas que nous soyons en conflit d’intérêts avec les esthéticiennes (personne mieux qu’elles ne peut offrir une pause détente lors d’un soin du corps, avec toute la sensorialité des cosmétiques de parfumerie), mais la peau (surtout celle du visage) est un organe particulièrement sensible et complexe, pour lequel on ne peut s’improviser soignant et « refourguer » des cosmétiques sur lesquels on se fait une marge.

Les soins de la peau requièrent souvent des prescriptions sur ordonnance, un suivi, voire des médicaments oraux …C’est souvent le cas dans l’acné et les pathologies de la peau sensible comme la rosacée. Et dans ces indications, les consultations et la plupart des traitements sont (au moins partiellement) pris en charge par la sécurité sociale et les mutuelles.

Enfin, la consultation de dermatologie est également l’occasion de faire du dépistage et de vérifier les grains de beauté.
Alors, feriez-vous soigner vos yeux chez l’opticien ? Non, vous allez chez l’ophtalmologue.

Donc n’oublions pas que la consultation de dermatologie, aussi banale qu’elle puisse paraître aux yeux de certains, fait appel à des connaissances vastes de la physiologie et des pathologies cutanées, et que lorsque votre médecin regarde, même rapidement, votre peau, tout un travail d’analyse est réalisé, synthèse de plus de 10 ans de médecine. Car pour soigner sa peau, c’est bien à un dermatologue, diplômé de la Faculté de Médecine, qu’il faut faire appel.