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Surnommée la « malédiction des Celtes » car elle touche principalement les sujets blonds aux yeux clairs et prédomine au nord de l’Europe, la couperose est une maladie « affichante » entrainant une grande souffrance psychologique.

L’élément principal de cette pathologie étant la rougeur faciale, cette maladie a donc toujours été considérée comme une maladie « populaire », au sens péjoratif du terme, car le teint rouge est celui des classes laborieuses, exposées au soleil et au froid, ou à certaines sources de chaleur dans leur profession (cuisinières, machinistes, souffleurs de verre ...).
D’autre part, depuis l’Antiquité, la rougeur du visage est décrite comme liée à la consommation d’alcool; ça ne sera que beaucoup plus tard que la médecine décrira la rosacée, qui ne présente pas de lien avec l’alcoolisme. Il persiste malgré tout chez les patients qui consultent une sorte de honte liée à ces rougeurs, et aux préjugés qui y sont associés.

Historiquement, les premières descriptions de cette pathologie datent du XIVème siècle avec Guy de Chauliac, puis au XVIème siècle avec Ambroise Paré qui surnomma les lésions « gutta rosacea », qui devint « goutte rose », puis couperose. Les « visages sanguins » furent ensuite largement décrits par les écrivains du XIXème siècle, de Balzac à Proust. Parallèlement, c’est aussi au XIXème siècle que les observations médicales commencent à faire le lien entre le climats froids et la fréquence des lésions.

Enfin, sur le plan thérapeutique, le premier à avoir compris le lien entre l’hypervascularisation superficielle de la peau et les lésions et de Chauliac qui, au Moyen-âge, proposait déjà à ses patients « un régime rafraichissant, la saignée de la veine frontale, l’application de sangsues dans les narines (..) ».

700 ans plus tard, nous asséchons une partie des lésions au laser, mais n’avons toujours pas résolu le problème veineux facial sous-jacent, et certaines formes de la maladie peuvent apparaitre aussi désespérantes qu’au XIVème siècle. D’où la notion de transmission de la malédiction à ses descendants…

Référence : Cribier B. Histoires de visages rouges : art, culture et représentations médicales. Ann Dermatol Venereol. 2011 ; 138 :S116

Source photo : Le vieil homme et l'enfant, Domenico Ghirlandaio